L’irrigation est l’une des décisions techniques les plus importantes pour une exploitation agricole . Un mauvais choix entraîne un gaspillage d’eau, une baisse des rendements et des coûts de gestion qui s’accumulent saison après saison.
Dans cet article, nous comparons les deux systèmes d’irrigation agricole les plus courants : l’irrigation par aspersion et l’irrigation goutte à goutte . Nous verrons leur fonctionnement, leurs avantages respectifs et les variables techniques et agronomiques à prendre en compte pour faire le bon choix.
Comment fonctionne l’irrigation par aspersion
L’irrigation par aspersion distribue l’eau sous forme de gouttelettes , simulant ainsi la pluie naturelle. L’eau est propulsée sous pression par des canalisations jusqu’à des buses qui la répandent dans un rayon défini au-dessus du sol.
Les systèmes d’extinction automatique à eau diffèrent par :
- Type de buse : rotative (pour les grandes surfaces), fixe (pour les petites surfaces ou les cultures sensibles), arroseur à impact (débit élevé)
- Pression de service : généralement entre 1,5 et 4 bar, avec des débits allant de 0,5 à plus de 5 m³/h par buse
- Portée : de 5 à plus de 30 mètres dans les systèmes autopropulsés tels que les pivots et les enrouleurs.
Pour les grandes surfaces , les systèmes d’irrigation en plein champ les plus courants sont les pivots centraux et les enrouleurs automoteurs . Le pivot est le système dominant dans les grandes monocultures à l’échelle mondiale (États-Unis, Argentine, Europe de l’Est) et, en Italie, il est particulièrement répandu dans la plaine du Pô pour le maïs et la betterave sucrière . Cependant, il n’est pas le système prédominant dans la culture céréalière italienne au sens large. L’enrouleur est quant à lui utilisé sur les parcelles irrégulières ou lorsque l’investissement dans des systèmes fixes n’est pas économiquement justifié.
Les avantages pratiques de l’arrosage par aspersion comprennent une installation relativement simple, des connaissances techniques moindres requises pour la gestion quotidienne et une adaptabilité à toute forme de champ sans modifier la disposition des cultures.
Comment fonctionne l’irrigation goutte à goutte
L’irrigation goutte à goutte (ou micro-irrigation ) apporte l’eau directement au système racinaire grâce à des goutteurs positionnés le long des lignes d’irrigation. La pression de fonctionnement est faible : entre 0,5 et 2 bars, contre 2 à 4 bars pour les systèmes d’arrosage par aspersion. Il en résulte une consommation d’énergie réduite et une meilleure gestion sur les parcelles présentant peu de dénivelé. Le débit par goutteur varie entre 1 et 8 litres par heure : la valeur la plus courante en viticulture et en arboriculture fruitière est de 4 litres par heure, tandis que sur les sols sableux, des débits plus élevés sont préférables pour assurer une humidification latérale adéquate.
Le système peut être :
- En surface : les ailes sont positionnées le long de la rangée, ce qui convient aux rangées d’arbres fruitiers et de légumes.
- Enterrées (SDI) : Les canalisations sont enterrées à 15-40 cm, réduisant l’évaporation et les rendant invisibles aux opérations mécaniques.
- Micro-asperseurs : variante hybride avec buses à faible débit, utilisée en arboriculture fruitière et dans certaines situations vallonnées.
De plus, les goutteurs peuvent être auto-compensateurs (débit constant dans une plage de pression variable, utiles sur terrain accidenté) ou non auto-compensateurs (plus économiques, adaptés aux terrains plats avec des lignes courtes).
Comparaison de l’efficacité de l’utilisation de l’eau : que disent les données ?
La différence d’efficacité entre les deux systèmes est loin d’être négligeable . L’irrigation goutte à goutte atteint une efficacité d’utilisation de l’eau de 85 à 95 %, tandis que l’arrosage par aspersion se situe généralement entre 70 et 80 % , avec des pics qui s’aggravent par temps venteux ou par fortes chaleurs.
Concrètement, les économies d’eau par rapport à l’irrigation par aspersion peuvent atteindre 30 à 50 % par culture équivalente , selon le type de sol, le climat et le stade phénologique géré.
| Paramètre | Irrigation goutte à goutte | Irrigation par aspersion |
| Efficacité moyenne de l’eau | 85-95% | 70-80% |
| Pertes par évaporation | Faible (eau au sol) | Élever (gouttes dans l’air) |
| Impact du vent | Négligeable | Significatif (> 20 % au-dessus de 3 m/s) |
| Uniformité de la distribution | Haut (CU)> 90%) | Variable (CU 70-85%) |
| Désherbage | Bien (humidification sur la rangée) | Mauvais (surface entière) |
| Risque de maladies foliaires | Basse | Moyen-élevé |
| adaptabilité de la fertirrigation | Excellent | Limité |
| entretien annuel | Médias (filtres, goutteurs) | Faible à moyen |
| Adaptabilité à la pente | Élevé (avec autocompensation) | Moyenne |
Désherbage : irrigation goutte à goutte ou par aspersion
L’irrigation au goutte-à-goutte permet d’acheminer l’eau uniquement jusqu’aux racines des plantes. Les zones entre les rangs restent sèches, réduisant ainsi passivement et en continu la germination des mauvaises herbes , sans frais supplémentaires.
L’irrigation par aspersion arrose toute la surface du champ , y compris les zones non cultivées. Il en résulte une pression accrue des adventices, ce qui influe directement sur les coûts de désherbage chimique ou mécanique . Pour les cultures où le désherbage est onéreux (légumes, fraises, jeunes vignes), ce facteur est intégré au calcul économique global du système d’irrigation.
Quel système pour quelle culture
Le choix n’est jamais absolu : il dépend de la culture, du stade phénologique, de la structure du sol et des objectifs de l’entreprise.
| Culture | Système recommandé | Notes techniques |
| (Tableau) vigne | Baisse | Lorsqu’elle est utilisée, la goutte empêche l’humidification de la grappe, réduisant ainsi le risque de Botrytis et de pourriture avant récolte. |
| Légumes à cycle court | Saupoudrer ou laisser tomber | Arrosage par aspersion lors de la germination par semis direct ; arrosage goutte à goutte en phase végétative avancée. |
| Maïs | Arrosage (pivot) | Pivoter sur les grandes surfaces planes, rouler sur les parcelles de taille moyenne |
| Grain | Saupoudrage | Les systèmes fixes ne sont souvent pas justifiés économiquement. |
| Tomate | Baisse | Réduit l’incidence de Botrytis et de Phytophthora |
| Fraise | Baisse | L’humidité des feuilles est incompatible avec la production |
| agrumes | Baisse | Efficacité sur les cultures vivaces à enracinement profond |
| Olivier | Baisse | Interventions ciblées, réduction de la consommation d’eau saisonnière |
| Pelouse / Gazon | Saupoudrage | L’humidité des feuilles est fonctionnelle pour la culture. |
| Céréales mineures | Système d’arrosage automatique ou absence de système fixe | La rentabilité par hectare ne justifie souvent pas l’investissement. |

Le risque de maladies foliaires : un facteur sous-estimé
L’eau stagnante sur le feuillage crée des conditions favorables au développement de champignons pathogènes . Chez les cultures sensibles comme la vigne, la tomate, la fraise et certains légumes, l’irrigation par aspersion augmente le risque de :
- Moisissure grise : Elle se développe à une humidité relative supérieure à 85 % et à des températures comprises entre 15 et 25 °C. En viticulture, c’est l’un des pathogènes de pré-récolte les plus redoutés, car l’humidité des grappes dans les semaines précédant la récolte peut compromettre toute la production.
- Mildiou : le cycle secondaire dépend directement de la présence d’eau libre sur les feuilles.
- Oïdium : il peut être partiellement inhibé par un mouillage direct, mais la gestion agronomique et chimique reste complexe et dépendante d’autres facteurs environnementaux.
Le moment de l’arrosage a également une incidence : arroser le soir ou la nuit prolonge la présence d’eau libre sur les feuilles. Arroser le matin atténue le problème , sans toutefois l’éliminer. L’irrigation goutte à goutte , en évitant de mouiller le feuillage, supprime ce facteur de risque.
Fertigation : Pourquoi l’irrigation goutte à goutte change la donne
La fertirrigation consiste à appliquer des nutriments dissous directement dans l’eau d’irrigation. C’est techniquement possible avec les deux systèmes, mais les résultats sont très différents .
Avec irrigation goutte à goutte :
- Les nutriments sont déposés directement dans la zone racinaire active .
- L’efficacité d’utilisation augmente sensiblement , réduisant ainsi les pertes dues au lessivage dans la nappe phréatique.
- Il est possible de fractionner la fertilisation azotée en plusieurs applications au cours de la saison, en l’adaptant aux besoins réels de chaque phase phénologique.
Avec saupoudrage :
- La répartition des nutriments est moins précise et plus soumise à la variabilité du sol.
- Le risque de lessivage est plus élevé , notamment sur les sols sableux à faible capacité de rétention.
- L’arrosage des feuilles avec des solutions d’engrais concentrées peut provoquer des brûlures foliaires pendant les heures les plus chaudes de la journée.
Pour les cultures très rentables, la fertirrigation goutte à goutte permet de réduire les apports d’azote de 20 à 40 % par rapport aux techniques conventionnelles, pour un même rendement.
Coûts : une analyse réaliste sur 10 ans
Le coût initial de l’irrigation goutte à goutte est plus élevé que celui de l’arrosage par aspersion , mais la comparaison doit être faite sur toute la durée de vie utile du système : plus de 20 ans pour les systèmes fixes en polyéthylène, tandis que les lignes d’irrigation goutte à goutte saisonnières représentent un coût annuel récurrent à inclure dans le plan de gestion.
Éléments à prendre en compte pour calculer votre retour sur investissement :
- Économies d’eau : l’irrigation goutte à goutte réduit la consommation de 30 à 50 % par rapport à l’arrosage par aspersion dans des conditions équivalentes, avec un impact direct sur la facture du consortium ou sur l’énergie de pompage.
- Réduction des coûts énergétiques : Une pression de fonctionnement plus basse entraîne une consommation d’énergie de la pompe inférieure à celle des systèmes d’arrosage haute pression.
- Réduction des traitements phytosanitaires : la moindre incidence des maladies foliaires se traduit par une diminution des applications de fongicides pendant la saison.
- Augmentation du rendement ou de la qualité : constatée en viticulture, en culture de tomates et en horticulture intensive.
Pour les cultures extensives à faible rentabilité par hectare (céréales, fourrage), l’irrigation par aspersion demeure le système le plus rentable. Pour les cultures intensives à haute valeur ajoutée , la rentabilité de l’irrigation goutte à goutte dépend de la culture, de l’environnement de l’exploitation et de la gestion du système au fil du temps.
Quand l’irrigation ne suffit pas : le problème du timing
Le changement climatique modifie ces considérations : les cultures traditionnellement adaptées aux climats secs, comme la vigne et l’olivier, nécessitent de plus en plus un soutien en matière d’irrigation, notamment dans le sud de l’Italie, où les fortes chaleurs estivales dépassent les seuils de tolérance historiques.
La question reste toujours la même, quel que soit le système choisi : quand irriguer ?
La plupart des systèmes, quel qu’il soit, sont gérés de manière empirique, en se basant sur des modèles d’évapotranspiration ou des capteurs d’humidité du sol qui mesurent la disponibilité en eau dans le sol, et non l’état réel de la plante. Le sol peut contenir de l’eau disponible, mais la plante peut déjà être en situation de stress hydrique si la demande en évapotranspiration dépasse la capacité d’absorption racinaire.
Plantvoice fonctionne sur ce point : la surveillance en temps réel du potentiel hydrique de la sève des plantes et la détection du stress hydrique. Un système d’irrigation performant, associé à des données directes sur les plantes, permet une intervention rapide quel que soit le type de système choisi .
FAQ - Foire aux questions sur l’irrigation agricole
L’irrigation goutte à goutte est-elle efficace sur tous les types de sols ?
Oui, mais cela exige une planification minutieuse des distances entre les goutteurs . Sur les sols sableux , où la capillarité est faible, il est nécessaire d’augmenter le nombre de points d’émission et de réduire le débit horaire pour assurer une humidification latérale adéquate. Sur les sols argileux , où la conductivité de l’eau est faible, le risque est la formation d’un excès d’eau en surface avec des goutteurs à débit élevé.
Dans les climats chauds, est-il conseillé d’utiliser l’arrosage par aspersion pour abaisser la température du microclimat foliaire ?
L’irrigation par aspersion a un réel effet rafraîchissant grâce à l’évapotranspiration , utile dans certaines situations comme la protection contre le gel ou la gestion des pics de chaleur. Cependant, cela ne suffit pas à justifier le choix de l’aspersion comme système principal, notamment pour les cultures sensibles aux maladies foliaires.
Est-il possible de convertir un système d’arrosage automatique en un système d’irrigation goutte à goutte ?
Dans certains cas, oui, en réutilisant le réseau d’alimentation principal . Des goutteurs sont ajoutés en aval, avec un réducteur de pression si nécessaire. La faisabilité technique doit être évaluée au cas par cas en fonction du type de pompe, de la pression disponible dans le système et de la géométrie du champ.
L’étape suivante après le choix du système : savoir quand l’utiliser. Vous découvrez Voix des plantes .



