Contre la chenille processionnaire, on intervient à l’automne au Bacillus thuringiensis sur les jeunes chenilles, en hiver en retirant les nids, et en fin d’hiver avec un piège à collerette autour du tronc pour intercepter la descente. Deux choses que presque personne ne met côte à côte : depuis 2022 les processionnaires du pin et du chêne sont officiellement classées nuisibles à la santé humaine, et le danger principal n’est pas pour l’arbre, mais pour les personnes et pour les animaux domestiques.
Parce que le vrai dégât est là. Un pin défolié repart. Un chien qui met le museau dans une procession peut perdre un morceau de langue, et un enfant qui touche un nid tombé se retrouve avec une urticaire qui dure des jours.
Pourquoi c’est dangereux : les poils, pas les mandibules
Thaumetopoea pityocampa sur le pin et Thaumetopoea processionea sur le chêne ne mordent pas et ne piquent pas. Le dégât vient des poils urticants que les chenilles libèrent à partir du troisième stade : microscopiques, ils se détachent au moindre dérangement, voyagent avec le vent et restent actifs plusieurs mois, y compris sur un nid vieux et apparemment abandonné.
Chez l’homme, ils provoquent urticaire, conjonctivite et, chez les personnes sensibles, des réactions respiratoires. Chez le chien le tableau est pire, parce qu’il explore avec le nez et la gueule : contact avec la langue et les muqueuses, gonflement rapide, et dans les cas graves nécrose du tissu atteint.
Si votre chien a touché une procession, c’est la seule partie de cet article à retenir par cœur :
- Ne frottez jamais. Frotter casse d’autres poils et aggrave tout.
- Rincez abondamment à l’eau tiède, si possible avec un peu de bicarbonate, en portant des gants.
- Allez chez le vétérinaire tout de suite, même si cela paraît bénin. Les heures comptent.
Ce que le décret de 2022 a changé, et ce qu’il n’a pas changé
Le décret n° 2022-686 du 25 avril 2022 a ajouté la chenille processionnaire du chêne et celle du pin à la liste des espèces dont la prolifération est nuisible à la santé humaine, à l’article D. 1338-1 du code de la santé publique. Elles y rejoignent les ambroisies.
Ce que cela veut dire, très concrètement :
- ce n’est pas une lutte obligatoire nationale. Le décret crée le cadre ; ce sont les arrêtés préfectoraux et municipaux qui imposent, ou non, des mesures sur un territoire donné. Plusieurs départements l’ont fait — Landes, Gironde, Bouches-du-Rhône, Loire-Atlantique — en fixant une zone, un calendrier et les méthodes autorisées ;
- le propriétaire peut être contraint d’agir dès lors qu’un arrêté local le prévoit. Entre bailleur et locataire, l’échenillage relève des réparations locatives et peut donc être à la charge du locataire ;
- sur l’espace public, c’est le gestionnaire du site, le plus souvent la commune, qui organise la prévention et la lutte ; le maire dispose de son pouvoir de police pour la salubrité publique.
Pour savoir ce qui s’applique chez vous : la mairie, la préfecture, ou la FREDON de votre région, désignée pour l’animation de l’observatoire national sur ces espèces.
Une précision qui évite une erreur fréquente : tout professionnel qui traite avec un insecticide travaille sous le régime des produits biocides et doit détenir un Certibiocide. Un devis qui ne le mentionne pas mérite une question.
Le calendrier, mois par mois
| Période | Ce que fait l’insecte | Ce que vous faites |
|---|---|---|
| Septembre-octobre | Éclosion, premiers petits nids | La meilleure fenêtre : jeunes chenilles, traitement plus efficace et très peu de poils libérés |
| Novembre-février | Nids gros et bien visibles, chenilles à l’intérieur | Échenillage mécanique avec protections. Traitement par injection là où la couronne est inaccessible |
| Février-avril | Les processions descendent au sol pour s’enfouir | Piège à collerette sur le tronc. C’est la période de risque maximal pour les chiens et les enfants |
| Mai-août | Chrysalides dans le sol, puis papillons en vol | Pièges à phéromones pour mesurer la population et décider de l’automne |
Le point qui change le résultat : l’automne vaut mieux que l’hiver. Sur jeunes chenilles, le traitement biologique fonctionne bien et libère très peu de poils. En janvier, avec un nid plein, toute intervention est plus risquée et plus chère.
Les quatre méthodes, et quand choisir laquelle
Traitement biologique sur jeunes chenilles (Bacillus thuringiensis var. kurstaki). Le meilleur rapport entre efficacité et risque, mais uniquement à l’automne, sur les deux premiers stades. Sur de grosses chenilles, il ne fait presque rien.
Injection dans le tronc. Utile là où la couronne est haute ou inaccessible et où l’on ne peut pas pulvériser : un pin au milieu d’un jardin, un alignement en centre-ville. Coût plus élevé par arbre, et intervention réservée aux professionnels habilités.
Échenillage. En hiver, en coupant le rameau qui porte le nid et en le détruisant. Protection complète : combinaison, gants, lunettes et masque, jamais à mains nues et jamais par en dessous sans protection des yeux. Les nids ne se brûlent pas sur place : les courants chauds dispersent les poils.
Piège à collerette (écopiège). Posé avant la descente, en fin d’hiver. Il intercepte la procession et la conduit dans un sac. Il ne réduit pas la population de l’année, mais il supprime le risque pour qui passe dessous — dans une cour d’école ou un jardin, c’est souvent la mesure qui compte le plus.
Pièges à phéromones. Ils ne capturent pas assez de mâles pour faire baisser la population : ils servent à savoir s’il y en a et combien, en été, pour décider de l’automne. Ils se lisent comme une série, pas comme un chiffre isolé.
Qui appeler
- Pins ou chênes sur une exploitation : la FREDON de votre région, ou le service régional de l’alimentation, pour les obligations locales.
- Arbres sur le domaine public, alignements, parcs, écoles : les services espaces verts de la commune. Le signalement est utile et souvent attendu.
- Arbres dans un jardin privé : une entreprise titulaire du Certibiocide, qui travaille en sécurité et vous remet un compte rendu d’intervention.
- Contact d’un animal : le vétérinaire, immédiatement.
Là où la lecture de l’arbre intervient
Un capteur dans le tronc ne compte pas les chenilles : cela, c’est l’œil et les pièges qui le font.
Ce que disent les données de sève est autre chose. Un pin défolié en hiver arrive au printemps avec moins de réserves, et si un été sec s’ajoute à cette défoliation, le dégât devient définitif. Garder l’arbre hors du stress hydrique l’année qui suit une forte attaque, c’est ce qui décide s’il repart ou s’il décroche. L’arbre le dit avant : sa consommation d’eau change des semaines avant que la couronne ne le montre. Sur la manière de le lire, nous avons écrit comment détecter le stress avant les symptômes et comment fonctionne le capteur de flux de sève.
Questions fréquentes
La chenille processionnaire est-elle dangereuse pour l’homme ? Oui, à cause des poils urticants libérés à partir du troisième stade larvaire. Ils provoquent urticaire, conjonctivite et, chez les personnes sensibles, des troubles respiratoires. Il n’est pas nécessaire de toucher les chenilles : les poils voyagent avec le vent et restent actifs des mois, même sur un nid vide.
Que faire si mon chien touche une chenille processionnaire ? Ne frottez pas. Rincez longuement à l’eau tiède, si possible avec un peu de bicarbonate et avec des gants, et conduisez l’animal chez le vétérinaire immédiatement. Le contact avec la langue et les muqueuses peut entraîner une nécrose, et les heures comptent.
La lutte contre les processionnaires est-elle obligatoire ? Le décret du 25 avril 2022 les classe nuisibles à la santé humaine, mais n’impose pas une lutte obligatoire partout. Ce sont les arrêtés préfectoraux et municipaux qui rendent l’intervention obligatoire sur un territoire donné : renseignez-vous en mairie, en préfecture ou auprès de la FREDON.
Quelle est la meilleure période pour intervenir ? L’automne, sur jeunes chenilles, avec un traitement biologique à base de Bacillus thuringiensis : efficacité maximale et très peu de poils libérés. En hiver on retire les nids, en fin d’hiver on pose le piège à collerette.
Peut-on brûler les nids de processionnaires ? Non. Les brûler sur place soulève les poils urticants avec les courants chauds et les disperse. Les nids se coupent avec le rameau et se détruisent selon les consignes locales, toujours avec une protection complète.
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