La mouche de l’olive ( Bactrocera oleae ) est le ravageur le plus important pour l’oléiculture italienne . Les données du CREA-OFA montrent que les infestations ont dépassé 50 à 60 % des fruits dans de nombreuses exploitations du centre et du nord de l’Italie lors de la campagne 2025. Le problème ne réside pas dans un manque de substances actives efficaces, mais dans la difficulté de maintenir une protection continue face à un climat de plus en plus variable et d’intervenir au bon moment .
Dans cet article, nous verrons comment structurer un plan de surveillance efficace , quels seuils d’intervention appliquer pour la défense préventive et curative, et comment les conditions climatiques des deux dernières années ont modifié les stratégies adoptées dans les principales régions oléicoles italiennes.
Le cycle biologique : des fenêtres critiques à ne pas manquer
Bactrocera oleae effectue de 3 à 5 générations par an , ce nombre variant selon le climat. Le cycle débute en avril avec l’émergence des premiers adultes hivernants, suivie d’une période d’absence, dite « blanche », durant laquelle la mouche est absente des oliveraies. Son retour a lieu vers la mi-juin , lorsque la phase de reproduction commence sur les drupes sensibles.
La ponte débute avec le durcissement de la pierre, généralement entre fin juin et mi-juillet . À 24 °C , le développement de l’œuf à l’adulte dure entre 21 et 25 jours. Par températures plus fraîches, le cycle s’étend jusqu’à 120 jours ; la chaleur estivale, supérieure à 30-33 °C, combinée à une faible humidité relative, entraîne une mortalité importante des œufs et des larves au premier stade.
La douceur croissante des hivers de ces dernières années modifie le calendrier de la mouche de l’olive : elle favorise la survie d’un plus grand nombre de formes hivernantes et avance d’environ 15 jours le moment où les fruits deviennent vulnérables aux attaques. Les populations augmentent alors significativement entre septembre et octobre , période durant laquelle une défense tardive ou absente entraîne les pertes qualitatives et quantitatives les plus importantes.
Surveillance des adultes : quand commencer et quels outils utiliser
La surveillance est le fondement de toute stratégie de défense efficace . Sans données fiables sur la présence et la dynamique des populations, toute intervention se réduit à une tentative inefficace et souvent tardive de choisir le bon moment.
Les pièges chromotropiques jaunes (avec phéromone ou attractif alimentaire) sont l’ outil standard pour détecter la présence d’adultes .
Le protocole indiqué par la région Toscane prévoit :
- Mars – début mai
Rythme hebdomadaire.
Piège à phéromones, avec phéromones et attractif alimentaire, ou chromotrope jaune.
Objectif : évaluer la taille de la population adulte printanière (faible, moyenne, élevée).
- Mi-juin – fin septembre
Rythme hebdomadaire.
Piège chromotropique jaune.
Objectif : Définir le moment optimal pour la première intervention préventive auprès des adultes lors du premier vol d’été.
La densité indicative est de 1 à 3 pièges par parcelle homogène d’environ 1 hectare . Les données collectées chaque semaine nous permettent de suivre les trajectoires de vol et d’anticiper les phases critiques de ponte.
Il est important de noter que les pièges détectent la présence d’adultes, mais ne confirment pas automatiquement la ponte . Des conditions chaudes et sèches peuvent entraîner des captures importantes sans pour autant provoquer une infestation significative. Par conséquent, l’échantillonnage des drupes est essentiel.
Échantillonnage des drupes : le seuil qui compte vraiment
L’échantillonnage est la seule méthode permettant de déterminer le niveau réel d’ infestation active , c’est-à-dire le pourcentage de drupes contenant des œufs vivants et des larves des premier et deuxième stades larvaires. Les seuils d’intervention, conformément aux recommandations de la lutte intégrée contre les ravageurs, sont les suivants :
| Type de défense | Seuil d’intervention | Notes |
| Adulticide préventif | 1 à 2 % d’olives contenant des œufs/larves du premier stade, ou 2 à 4 femelles/piège/semaine | À activer avant la ponte |
| Larvicide curatif (olives huilées) | infestation active de 7 à 14 % | Intervention précoce : fenêtre d’efficacité très étroite |
| Curatif (olives de table) | Seule piqûre visible | Tolérance zéro pour les défauts esthétiques |

L’échantillonnage consiste à prélever au moins 100 drupes par hectare sur différentes plantes et à différents niveaux de la canopée , afin de les analyser aux jumelles. Il est important de ne pas confondre une infestation « active » (œufs et larves vivants) avec une infestation « nuisible » (larves de troisième stade, pupes, trous de sortie).
L’impact du climat sur la dynamique des infestations
Les années 2024 et 2025 illustrent clairement l’ impact de la variabilité climatique sur les stratégies de lutte . En 2024, les fortes chaleurs estivales et la sécheresse prolongée ont naturellement contenu les infestations sur la quasi-totalité du territoire : en Ligurie, dans les Abruzzes et en Calabre, les seuils d’intervention sont restés largement inférieurs aux seuils pendant la majeure partie de la saison. En Toscane, le taux d’infestation actif moyen lors de la campagne de 2024 s’est maintenu autour de 1 %.
En 2025, la situation s’est inversée : des températures estivales optimales pour le développement (25-30 °C) et une humidité persistante ont favorisé une succession rapide de générations, avec des cycles de vol se chevauchant. En Ligurie, le taux d’infestation active a atteint des pics supérieurs à 50 %. En Ombrie, le taux d’infestation active moyen, tous sites confondus, était de 16 %, avec des pics à 28 % durant la semaine du 5 septembre 2025. En Vénétie, jusqu’à 4 ou 5 générations partiellement superposées ont été enregistrées.
Cela signifie que chaque campagne doit s’appuyer sur des données de terrain actualisées, et non sur des plans figés. Chaque année, le climat évolue et influe sur le développement et la mortalité de la mouche . Le suivi est le seul outil permettant de transformer un plan générique en une décision adaptée à la saison.
Stratégies de défense : préventives, curatives ou mixtes ?
Le choix de la stratégie dépend de la tendance de suivi et du type de gestion d’entreprise. Voici les principales :
Défense préventive contre l’adulticide
Elle s’active avant la ponte, généralement durant les dix derniers jours de juin, lorsque le noyau durcit. Elle comprend :
- Poudres de roche répulsives (2,5 à 5 % de kaolin, zéolites, bentonites) : effet anti-dépôt persistant pendant 2 à 3 semaines en l’absence de pluies lessivantes. Le kaolin présente l’avantage supplémentaire de réduire le stress thermique et hydrique sur la végétation.
- Beauveria bassiana : bioinsecticide entomopathogène, répulsif contre la ponte, persistant jusqu’à 7 jours. À appliquer le soir et la nuit.
- Produits à base de cuivre : en plus de leur action antifongique, ils interfèrent avec l’endosymbiose entre la larve et la bactérie Candidatus erwinia dacicola , rendant le développement larvaire plus difficile.
- Dispositifs d’attraction et d’élimination (Eco-Trap, Dakofaka, BioMagnet Oro) : attirent les adultes grâce à des phéromones et/ou des attractifs alimentaires, avec une action insecticide de contact. Particulièrement efficaces sur les surfaces encombrées.
- Appâts protéinés activés au spinosad : à répartir sur des sections de canopée (30 à 40 cm de couverture humide) en rangs alternés. Jusqu’à 8 applications par an sont autorisées.
défense cicatrisante larvicide
Le traitement est activé lorsque le seuil d’infestation active est dépassé . Les substances actives utilisées en lutte intégrée sont l’acétamipride et la flupyradifurone , le nombre maximal de traitements étant défini par la réglementation régionale relative à la production intégrée. Ces deux substances présentent une efficacité limitée sur les larves de deuxième et troisième stade : le traitement doit être effectué rapidement, immédiatement après la ponte et avant que les larves ne pénètrent profondément dans la pulpe.
Récolte précoce
En cas de fortes infestations automnales , la récolte précoce demeure souvent la seule mesure véritablement efficace. Le problème structurel réside dans le fait que les produits autorisés en agriculture biologique agissent principalement sur les adultes ou les tout premiers stades larvaires . Une fois que la larve a pénétré profondément dans la pulpe, aucun principe actif autorisé en agriculture biologique n’est capable de l’atteindre et de l’éliminer . CREA-OFA souligne cette lacune comme l’un des problèmes critiques non résolus en matière de défense biologique de l’olivier .
Surveillance intégrée : au-delà des pièges
La surveillance structurée ne représente pas un coût supplémentaire : elle transforme la protection des plantes, d’une dépense dictée par le budget, en une décision adaptée au risque réel . Les oliviers sont sensibles à diverses maladies , et un problème survient rarement de manière isolée. Ceux qui effectuent une surveillance régulière bénéficient d’une vision globale qui leur permet de coordonner les interventions , d’éviter les chevauchements et de traiter chaque problème dans le délai optimal pour l’efficacité des traitements.
FAQ – Questions sur la mouche de l’olive
Combien de pièges sont nécessaires pour une surveillance efficace de la mouche de l’olivier ?
Le nombre de pièges dépend de la taille et de l’homogénéité de la parcelle . Les recommandations de la région Toscane préconisent 1 à 3 pièges par parcelle homogène d’environ 1 hectare , à contrôler chaque semaine. En oléiculture biologique et dans les zones à haut risque d’infestation par la noctuelle du chou (littoral, altitudes inférieures à 500 m), il est préférable de se limiter à 2 ou 3 pièges par hectare . Le simple comptage des adultes dans les pièges est insuffisant : il doit toujours être complété par un échantillonnage visuel des drupes.
Le kaolin est-il efficace dans toutes les situations ?
Le kaolin possède une action répulsive et anti-dépôt documentée , mais son efficacité est considérablement réduite lorsque la pression dace est très élevée et en cas de fortes pluies (>20-30 mm), qui nécessitent un traitement répété. Dans les zones à haut risque, les recommandations de Toscane et de Calabre préconisent de l’associer à d’autres mesures préventives, telles que des dispositifs attractifs et de destruction ou des appâts protéinés contenant du spinosad, plutôt que de l’utiliser comme unique stratégie.
Quand vaut-il mieux opter pour une récolte précoce plutôt que pour un traitement larvicide ?
Dans les exploitations biologiques des zones à forte pression automnale, la récolte précoce est la mesure la plus efficace . Si les infestations dépassent le seuil d’intervention fin septembre et qu’aucun autre traitement larvicide n’est disponible, avancer la récolte entre fin septembre et début octobre permet de préserver les qualités organoleptiques de l’huile, en évitant le défaut de « présence de vers » causé par les larves dans les drupes.
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