Si le petit point rouge que vous avez vu courait sur un mur, un rebord de fenêtre ou une pierre au soleil, vous n’avez rien à faire : c’est le plus souvent Balaustium murorum ou un acarien proche, qui ne pique pas et n’attaque pas les cultures. S’il se trouvait sous une feuille, dans une toile très fine, avec des petits points clairs sur le dessus de la feuille, vous avez affaire à Tetranychus urticae, le tétranyque tisserand, et celui-là fait de vrais dégâts.
Ce sont deux animaux différents qui portent le même surnom. La confusion coûte dans les deux sens : certains traitent un mur, d’autres sous-estiment un verger ou une vigne.
Comment les distinguer d’un coup d’œil
| Celle des murs | Celle des plantes | |
|---|---|---|
| Où la voit-on | murs, pierres, rebords, terrasses au soleil | face inférieure des feuilles |
| Aspect | rouge vif, visible à l’œil nu, court vite | 0,5 mm, gris verdâtre à jaunâtre avec deux taches sombres ; les femelles hivernantes virent à l’orange |
| Toile | non | oui, fine, entre les feuilles |
| Dégâts | aucun sur les plantes | ponctuations claires, bronzage, chute des feuilles |
| Que faire | rien | vraie lutte |
Le test le plus rapide est la toile. Le tétranyque en tisse, et on la voit à contre-jour. Celle des murs, non. Écrasée sur un tissu ou une surface claire, elle laisse une tache rouge : c’est son seul inconvénient, et il suffit de ne pas l’écraser.
Une précision pour ceux qui ont des arbres fruitiers. Sur pommier et autres fruitiers, l’« acarien rouge » est souvent une autre espèce, Panonychus ulmi, rouge sombre, d’environ 0,4 mm, qui passe l’hiver sous forme d’œufs rouges sur les rameaux. La lutte ci-dessous vaut en gros pour toutes, mais le calendrier change d’une espèce à l’autre.
Pourquoi le tétranyque est si tenace
Le cycle est court et dépend de la température. De l’œuf à l’adulte, il faut environ 28 jours à 15 °C et environ 8 jours à 28 °C. Par temps très chaud, une génération peut se boucler en moins d’une semaine, d’où le fameux « la semaine dernière, il n’y avait rien ».
Il aime la chaleur et la poussière. Les plantes en stress hydrique sont particulièrement exposées. Quiconque a parcouru un verger en juillet l’a vu : les premiers arbres à jaunir sont ceux de la bordure, le long du chemin de terre, où la poussière se dépose sur les feuilles.
Il développe des résistances. Avec autant de générations par an, répéter le même mode d’action sélectionne les survivants. S’y ajoute un effet indirect : les insecticides à large spectre appliqués contre d’autres ravageurs éliminent aussi les prédateurs naturels, et les tétranyques repartent plus fort.
Les dégâts se déroulent ainsi : les acariens vident les cellules, la feuille se ponctue, bronze puis peut tomber. Sur vigne et fruitiers, cela veut dire moins de photosynthèse au moment même où le fruit grossit.
Comment lutter quand on en a
On compte d’abord, on traite ensuite. Comptez les formes mobiles sur un nombre fixe de feuilles, à la loupe, en regardant le dessous. Le seuil d’intervention est fixé pour chaque culture par le service régional de la protection des végétaux, pas par une règle universelle.
Agir d’abord sur l’eau et la poussière coûte peu. Là où la culture le supporte, une brumisation sous les feuilles, même quotidienne, garde la population basse. Réduire les passages qui soulèvent la poussière aide aussi. Attention aux maladies fongiques quand on mouille le feuillage.
Les prédateurs sont un levier. En serre et sur légumes, on lâche Phytoseiulus persimilis, qui boucle son cycle plus vite que sa proie : environ 10 jours à 20 °C contre 18. Les acariens prédateurs demandent en gros plus de 18 °C et au moins 60 % d’humidité, et supportent mal les extrêmes. Règle pratique : un prédateur pour dix tétranyques. En verger, l’essentiel est de ne pas tuer les phytoséiides déjà présents, donc d’éviter les insecticides à large spectre. Si vous traitez avec un acaricide, respectez le délai de l’étiquette avant de lâcher des prédateurs.
Les acaricides, quand il en faut, se font en rotation. On alterne les modes d’action, pas les noms commerciaux. Les recommandations de l’université de Californie pour les ornementales conseillent de ne pas utiliser le même mode d’action plus de deux fois par saison, et la plupart des produits demandent plusieurs applications. N’utilisez que des produits autorisés sur la culture concernée : l’étiquette fait foi. Au jardin d’amateur, depuis 2019 la loi Labbé interdit la vente et l’usage des pesticides chimiques de synthèse : seuls restent permis les produits de biocontrôle portant la mention EAJ (emploi autorisé dans les jardins) et ceux utilisables en agriculture biologique.
Savons, huiles et soufre ont des limites de température. Pas sur des plantes en stress hydrique, ni au-delà d’environ 30 °C, et le soufre ne doit pas être appliqué dans les 30 jours qui suivent un traitement à l’huile. Lisez toujours l’étiquette.
Moins d’azote. Les feuilles riches en azote favorisent le tétranyque. Une fumure généreuse au printemps se paie en été.
La surveillance en pratique
Refaites le même tour chaque semaine, sur les mêmes plantes et avec la même loupe. On retourne la feuille, on regarde le dessous, on compte les formes mobiles et on note aussi la toile et les ponctuations. Le chiffre d’un jour dit peu, la courbe dit beaucoup : par temps chaud, une population qui grimpe vite demande d’agir plus tôt qu’une population stable. Comparez toujours le résultat au seuil de votre service de protection des végétaux, pas à l’impression.
Et en automne et en hiver ?
Avec le froid, le tétranyque change de couleur. Les femelles hivernantes deviennent orange ou rouges et, dans les régions froides, se cachent sous les écailles d’écorce. C’est pourquoi en novembre on ne trouve plus le tétranyque verdâtre de l’été et on peut le croire disparu. Il n’a pas disparu, il attend. La bonne saison pour surveiller est l’été, mais après une forte attaque, mieux vaut noter où elle a eu lieu pour recontrôler ces plantes en premier au printemps.
Les erreurs les plus fréquentes
- Traiter le mur sans regarder les feuilles.
- Intervenir à l’œil, sans avoir compté.
- Répéter toujours le même produit, ou le même mode d’action sous un autre nom.
- Utiliser un insecticide à large spectre contre un autre ravageur et découvrir les tétranyques un mois plus tard.
- Appliquer soufre ou huile sur des plantes déjà stressées, aux heures chaudes.
Où intervient la lecture de la plante
Un capteur dans le tronc ne compte pas les acariens : cela se fait à la loupe, sous les feuilles.
Le tétranyque arrive d’abord sur les plantes qui souffrent, et la plante prévient tôt : le flux de sève baisse des jours avant que le feuillage ne montre quoi que ce soit. Savoir quand une parcelle entre en stress, c’est savoir quand regarder le dessous de ses feuilles, au lieu de découvrir le problème une fois les dégâts faits.
Le capteur Plantvoice mesure en continu le flux et la salinité de la sève dans le tronc et les traduit en une seule indication : irriguer maintenant ou attendre. Dans les vergers où il est utilisé, il a réduit l’eau jusqu’à 40 % en maintenant la qualité. Voir comment détecter le stress hydrique avant les symptômes et comment fonctionne le capteur de flux de sève.
Questions fréquentes
L’araignée rouge des murs est-elle dangereuse ? Non. Celle qui court sur les murs, les pierres et les rebords au soleil ne pique pas et n’attaque pas les cultures. Écrasée, elle laisse une tache rouge. L’araignée rouge nuisible vit sous les feuilles, mesure un demi-millimètre et tisse une toile très fine.
Comment reconnaître l’araignée rouge des plantes ? À la toile fine entre les feuilles et aux ponctuations claires sur le dessus. L’acarien est gris verdâtre à jaunâtre avec deux taches sombres, et il faut une loupe pour le voir. Les femelles hivernantes deviennent orange.
Pourquoi l’araignée rouge revient-elle après le traitement ? Parce que par temps chaud le cycle se boucle en moins d’une semaine et que les insecticides à large spectre éliminent aussi les prédateurs naturels. Sans eux, la population repart plus fort, souvent avec des individus résistants au mode d’action utilisé.
Comment lutter contre l’araignée rouge ? En surveillant le dessous des feuilles, en limitant la poussière et le stress hydrique, avec des prédateurs et, seulement si nécessaire, des acaricides autorisés en rotation de modes d’action.
Quand apparaît l’araignée rouge ? Pendant les périodes chaudes et sèches, surtout en été, et d’abord sur les plantes poussiéreuses ou en stress hydrique. Les feuilles riches en azote la favorisent.
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